Médecine, qu'as-tu fait d'Hippocrate ?



Sur mon chemin, un homme a joué un rôle important: il se nomme Pierre Teilhard de Chardin, prêtre jésuite et scientifique de renom qui a réconcilié la science et la foi et qui a écrit, dans ses controverses avec l'Eglise, qu'il aimait de tout son cœur : « Quand on aime vraiment ce qu’on critique, on peut critiquer sans danger ». C'est parce que je suis médecin, estimant à juste titre la médecine universitaire, reconnaissant de tout ce qu'elle m'a apporté, honorant sincèrement les maîtres qui m'ont enseigné, ayant l'amitié d'un certain nombre de médecins passionnés, généreux et intègres, que je me permets d'émettre, dès cette introduction, une critique sur ce sujet si difficile et pourtant si important qu'est l’art de guérir. D'emblée, je voudrais pointer du doigt une imposture de ce 20ème siècle finissant, une imposture lourde de conséquences: la médecine moderne, la grande médecine, la médecine de pointe, la médecine universitaire, remarquable dans de nombreux domaines, passionnante par ses découvertes, est tombée dans le piège de la toute-puissance, celle de faire croire au public qu'elle est également « la médecine traditionnelle ». C'est désormais le langage de la rue : « Je ne supporte plus la médecine traditionnelle et j'aimerais maintenant me soigner avec d'autres méthodes », entend-on de-ci, de-là. Ou encore celui des responsables de la santé : « cette patiente a préféré quitter la médecine traditionnelle pour aller vers… ». Nous ne savons d'ailleurs pas vers quoi, ce n'est toujours pas bien défini ! Vers des médecines alternatives, ou alors parallèles, ou encore douces... On ne sait pas bien. Ceux qui pratiquent ces médecines, et qui sont médecins, finissent par douter qu'ils le sont encore. Combien de fois ai-je entendu des collègues dire à mon sujet : « Il n'est plus médecin ! ». J'ai fini par douter, moi aussi, et combien de fois ai-je imaginé rendre mon diplôme pour entrer en clandestinité, et devenir guérisseur. C'est d'ailleurs étonnant cela, je serais devenu guérisseur ! Comme si en quittant mon tablier de médecin, je pouvais enfin me mettre à guérir. Je n'ai jamais rendu mon tablier, voulant rester dans la citadelle, et je ne me suis jamais autant senti médecin et guérisseur qu'aujourd'hui. Ne croyez surtout pas qu’en dénonçant cette imposture je m’adonne au sophisme ou que je fasse grand cas d’une simple question de vocabulaire sans importance. Nous sommes tous émerveillés et admiratifs des prouesses de notre médecine moderne largement diffusée par les médias ; nous sommes tous soulagés et heureux des immenses services qu'elle peut nous rendre dans des moments particulièrement difficiles où l’urgence prévaut. Je suis médecin et en tant que tel je suis fier d’avoir été formé par cette médecine. Je me rappelle encore ma première garde dans un service d'urgence où je reçus un homme dans le coma, accompagné par son épouse et ses enfants complètement affolés. Le diagnostic était assez facile à établir vu les symptômes qu'il présentait. Sans attendre, je lui injectai du sucre dans les veines ; il reprit conscience avant même que je ne finisse l'injection. Nos maîtres nous l'avaient dit : « Le malade ressuscite au bout de la seringue». Je n'ai pas besoin de vous raconter la joie de la famille, les remerciements qui m'ont été adressés et la fierté que j'en ai tiré. C'est un bien piètre exemple comparé à toutes les autres réussites de la médecine moderne qui, je le répète, est remarquable. Mais elle n'est pas la médecine traditionnelle, et cette médecine de la tradition, qui est l'héritage de l'expérience des hommes qui nous ont précédé, des siècles durant, voire des millénaires, a quelque chose à nous dire. On lui a coupé la Parole, on l'a exclu, on l'a raillé et par cette imposture la médecine moderne a pris toute la place. Elle est à la fois moderne et traditionnelle. C'est le piège de la toute-puissance, et cette toute-puissance, c'est le piège du péché originel, le péché de l'origine, le péché des racines. La médecine moderne se prend pour sa propre origine. Avant elle, on ne savait pas soigner ; avant elle, on ne guérissait pas. Elle fait table rase de toutes les civilisations antérieures. Le jeune médecin qui sort de l'université après dix années d'études ne sait rien de la médecine traditionnelle chinoise, laquelle a trois mille ans, rien de la médecine des plantes, laquelle date de Mathusalem, rien de l'Homéopathie, laquelle est la médecine traditionnelle occidentale par excellence, car d’une part elle est dans la lignée de la médecine hippocratique et d’autre part elle garde toute sa fraîcheur et son efficacité dans le siècle de l’atome que nous vivons aujourd’hui, à l’heure de l’infiniment petit.

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